«Emmène-moi avec toi, amour» : la nuit noire de Sandra, la mère de Santiago Murillo

Santiago Andrés Murillo n’avait que 19 ans. Il n’est pas mort, il a été tué par la police à Ibagué (Colombie), la nuit du 1er mai. L’histoire du cri désespéré d’une mère à qui l’amour de sa vie lui a été arraché.

Par : José Guarnizo @JoseGuarnizoA / Illustration : Angie Pik

Traduction : Dayanna Lopera, Valentina Mendoza et Natalia Marín.

Édition : Luis Roberto Caicedo Díaz del Castillo.

Sandra Milena Meneses Mogollón a crié et pleuré comme on ne peut crier et pleurer que lorsqu’on nous arrache un morceau du corps. Un cri déchirant et strident. Ça sonnait en arrière-plan comme un mélange entre un gémissement mécontent et des pleurs. C’était une réaction inconsciente, un éclat d’air qui entrait dans les poumons, passait par les cordes vocales et ressortait avec une telle force qui aurait pu faire voler une feuille si elle avait été devant elle.

À la sortie de la clinique Nuestra d’Ibagué, à 21 h 15 dans la nuit du 1er mai, Sandra Milena prenait la nouvelle : son fils adolescent, son seul enfant, celui qu’elle avait planifié avec son mari pendant deux longues années avant de tomber enceinte, quittait ce monde à cet instant et pour toujours d’une balle dans la poitrine.

« Ils l’ont tué aujourd’hui ! Alors que l’on me tue car je pars avec mon fils ! » criait-elle.

« Je pars avec mon fils ! Je pars avec mon fils ! Il est mon seul fils ! » criait-elle.

« Tuez-moi ! Il faut qu’ils me tuent ! Il faut qu’ils m’abattent aussi ! Où sont-ils ? Où sont-ils ? ! » criait-elle, comme si elle voulait être emmenée vers les assassins.

Sa lamentation pouvait être entendue à plusieurs mètres de distance et était à peine capturée par la caméra et très clairement par le micro du journaliste Miguel Ángel Figueroa, de la station de radio Ecos del Combeima. À ce moment-là, il interviewait Laura Fonseca, du Réseau des Droits Humains de Tolima, qui, la voix cassée, dénonçait les excès de l’ESMAD (escadron mobile anti-émeutes) de la police lors des marches de protestation qui avaient eu lieu au jour de la fête du travail et contre la réforme fiscale que le gouvernement d’Iván Duque tentait de faire passer au Congrès.

Quelques secondes avant que le cri de Sandra Milena ne soit entendu, une jeune fille de 19 ans pleurait à proximité. Ses cheveux, bouclés noirs et épais ; elle, menue. Un sac à dos rose était posé sur ses jambes. Une infirmière s’occupait d’elle sur le trottoir :

« Des policiers m’ont donné plusieurs coups de pied lorsque j’étais au sol, et je suis atteinte d’épilepsie », a-t-elle déclaré.

« Depuis combien de temps ton épilepsie a-t-elle été diagnostiquée ? »

« Depuis l’âge de 11 ans. »

« Tu as un traumatisme contondant et un hématome de dix centimètres, d’accord ? », a dit l’infirmière.  

Deux pas loin de cette conversation, Sandra Milena poussa son premier cri de douleur. Elle venait d’apprendre que Santiago n’avait pas survécu à la balle qui était entrée dans sa poitrine et avait trouvé une sortie dans son bras droit.  

« Emmène-moi avec toi, mon amour ! Mon fils, mon fils ! Emmène-moi, mon amour ! Mon fils, mon bébé, emmène-moi avec toi, mon amour ! Mon fils, emmène-moi avec toi, s’il te plaît ! Emmène-moi avec toi ! » criait-elle, hors d’elle et en choc.

Le caméraman, par pudeur instinctive, a pris Sandra Milena hors champ et a dirigé l’objectif vers la porte d’entrée de la clinique. Seulement la façade de l’hôpital était visible. Les images montraient à peine une fenêtre froide et opaque aux poignées métalliques. Et à l’arrière, tout près mais non visible sur l’écran, le son du cri dur et étouffé de Sandra Milena était enregistré. C’était la scène la plus fidèle et la plus exacte de ce que signifie la désolation.

On dit que les êtres humains crient et pleurent à la naissance parce que c’est la seule façon de se tenir dans le monde comme quelqu’un qui existe et qui a besoin des autres. Sandra Milena avait entendu le premier cri de son fils Santiago Murillo précisément dans une clinique le 24 décembre 2002, le jour où elle lui a donné naissance 19 ans avant. Mais ensuite, les cris apparaissent à d’autres époques comme une manière d’exprimer l’inexprimable. C’est un mécanisme de défense qui indique qu’il y a quelque chose au-delà des mots, quelque chose au-delà de la capacité à comprendre. Le lendemain, quelqu’un m’a dit qu’il avait trouvé le cri de Sandra Milena aussi déchirant qu’insupportable. Et peut-être qu’il avait raison. Cela ne peut pas être toléré car il est contre nature pour une mère d’assimiler que son fils vient d’être tué. Les cris de Sandra Milena — les cris d’une mère pour un fils qui vient de mourir — pourraient bien provenir de l’utérus, cet endroit sanguinolent et parfait où commence la gestation du bébé qui, plus tard, pleurera et criera. Et c’est pourquoi ils résonnent, c’est pourquoi ils assourdissent, c’est pourquoi ils grondent, c’est pourquoi ils anéantissent l’âme, c’est pourquoi ils sont insupportables.

**

Le soir du 1er mai, vers 20 h 30, en rentrant, Santiago retrouva un groupe de policiers. Il était seul, marchant du sud au nord le long de la Carrera Quinta, l’une des principales avenues d’Ibagué et, à tout le moins, la plus fréquentée. Très peu de voitures circulaient. À cette heure, la ville subissait encore les vestiges du chaos des marches qui avaient eu lieu pendant la journée. Le Réseau des Droits Humains de Tolima, le département dont Ibagué est la capitale, dénonçait à la fin de la journée, que la police avait violemment réprimé la manifestation, que les observateurs avaient été piégés et gazés, et que, comme un solde ajoutant une couche d’angoisse à la nuit déjà noire, 25 personnes étaient portées disparues. C’est ce qu’a déclaré Laura Fonseca, porte-parole du réseau.

Dans le coin où Santiago était arrivé, il y avait peu de lumière. Quelques taches jaunes coulaient des lampes sur l’asphalte. Une douzaine d’hommes en uniforme étaient répartis sur le coin de la librairie Panamericana, juste sur la route que Santiago devait prendre pour arriver chez lui. Il s’est probablement senti piégé de l’autre côté de la rue et a hésité plusieurs fois à la traverser ou à rester là quelques minutes. Peut-être que la peur de passer à travers la cloison l’a mordu intérieurement pendant quelques instants. Un véhicule anti-émeute de l’ESMAD avec protection balistique se déplaçait lentement vers le sud en sens interdit.

Santiago portait une casquette noire, un sweat-shirt sombre à manches longues, un de ces sacs à dos de la marque Totto qui s’ouvrent avec un cadenas. Il avait quitté à pied la maison de sa petite amie, Estefanía Silva, qui habite tout près du stade Manuel Murillo Toro. Le dernier parcours de Santiago a peut-être duré 29 minutes, un peu plus, un peu moins, sur 2,4 kilomètres. Santiago avait pris soin de laisser son vélo Trek vert chez Estefanía pour qu’il ne soit pas volé. Il l’avait depuis un an et c’était un objet précieux pour lui, presque au point de le vénérer. 

Avant de partir, il a appelé son père afin de lui demander d’aller le chercher, dans le taxi dont il est chauffeur, pour le ramener chez lui. Cependant, le portable de monsieur Miguel Murillo, qui faisait une ronde dans la ville à ce moment-là, était déchargé. Santiago n’a pas vu d’autre choix que de partir à pied jusqu’au coin où sa vie était sur le point de s’éteindre.

Deux blocs plus loin, dans un immeuble en briques de la 62e rue, Santiago avait vécu ses 19 ans de vie. Les amis avec lesquels il a grandi l’ont toujours appelé Pirry et ce surnom ne lui déplaisait pas. Il n’était jamais en groupe; il tuait le temps avec sa petite amie, parfois à vélo, ou en promenant un petit chien nommé Violeta qu’il avait adopté chez un vétérinaire. Juan Rojas, son cousin, son meilleur ami, son copain et son frère de vie m’a dit que Santiago n’était pas du genre à suivre les modes, il a toujours voulu être contraire dans les questions les plus fondamentales de la vie. Alors que tous ses amis aimaient le reggaeton, il préférait écouter The Weekend ; si les mecs du quartier portaient du noir, il préférait les t-shirts blancs. Et il ne se souciait pas de ce qu’ils pensaient de lui.

Juan a 17 ans. Il était un peu nerveux quand je lui ai téléphoné. Sa voix était brisée à force de pleurer. Il m’a dit que le jour des manifestations du 1er mai, Santiago n’a pas participé aux manifestations : sa présence sur place était le fruit du hasard, mais ils sont sortis ensemble pour se manifester le jeudi 29 avril. Même si ses parents l’avaient exhorté plusieurs fois à ne pas sortir à cause des dangers et des histoires d’émeutes et de violence dans les rues, Santiago voulait être là avec Juan pour prendre part à la grève. Ils ont marché, ri, crié, parlé et se sont rentrés. Santiago a été encouragé par un véritable souhait de dénoncer le gouvernement pour quelque chose qu’il ne trouvait pas juste. Sa dernière publication sur Facebook montre que ses intentions n’ont jamais été violentes. Il a parlé de l’utilisation de la peinture contre l’ESMAD, comme d’une méthode « non offensante, ce n’est pas de la violence car elle ne fait pas de mal physique », a-t-il écrit.

À Ibagué, les jeunes ont de nombreuses raisons pour protester. J’ai grandi dans cette ville, qui compte aujourd’hui environ 600 000 habitants et qui est à trois heures et demie de Bogotá. Dans le quartier Jordán, qui ressemble dans le paysage à une poignée de maisons éparpillées autour d’un trou au milieu des montagnes, l’idée d’aller un jour à l’université a toujours été une impossibilité. C’était comme une sorte de mur avec lequel vous avez grandi et y grimper ne semblait pas être un droit mais une utopie. L’option était de partir, de chercher la chance ailleurs. Selon les derniers chiffres du DANE (Département administratif national de statistiques), 236 696 personnes vivent dans la pauvreté à Ibagué, c’est-à-dire plus d’un tiers des habitants. Sans tenir compte du fait que pendant la pandémie de coronavirus, l’extrême pauvreté a triplé et qu’aujourd’hui, 72 675 habitants d’Ibagué font partie de cette cruelle statistique. Ibagué est la quatrième ville la plus touchée par le chômage en Colombie. Bien que Santiago n’ait jamais manqué de rien, ça ne veut pas dire non plus qu’il vivait dans l’aisance. Sandra Milena est esthéticienne et arrondit ses fins de mois grâce aux clients qu’elle reçoit dans son appartement. Son père, Miguel, est chauffeur de taxi. Santiago a dit plusieurs fois qu’il voulait créer sa propre entreprise de vêtements, il rêvait d’avoir une ligne de vestes. C’est la raison pour laquelle Sandra Milena s’est inscrite au SENA (Service national d’apprentissage) pour apprendre confection de patrons. C’était un plan, c’était la prochaine étape de leur vie après que Santiago avait terminé le lycée.

Sandra Milena essaie d’immortaliser dans sa tête la dernière image qu’elle a de Santiago en vie. Elle le place dans l’appartement, presque prêt à aller chez sa petite amie :

« Maman, puis-je manger la peau du poulet ? » est la dernière chose qu’il lui a demandée. Et elle, alors qu’elle faisait la manucure d’un client dans le salon, lui regardant du coin de l’œil, lui a dit oui, bien sûr, qu’il devait faire très attention dans la rue parce que ça allait mal, qu’il devait rester chez Estefanía, avec qui il allait partout. Ils n’ont pas pu s’embrasser pour faire ses adieux. Ils ont seulement dit au revoir. Monsieur Murillo a mis le vélo dans le coffre du taxi et a emmené son fils. Ils ont convenu de chatter plus tard.

« Le fils, envoie-moi un message pour venir te chercher » a-t-il dit pour la dernière fois. Le téléphone portable se déchargeait et Miguel ne l’avait pas remarqué.

**

Les témoins directs sont essentiels lorsqu’il s’agit d’enquêter sur un crime. Janer Andrés Galindo ne connaissait pas Santiago, mais il était là. Il a tout vu. C’est un grand garçon brun de 20 ans, avec un piercing qui se distingue du haut de son nez, là au milieu du sourcil. Lorsque Santiago a été abattu, Janer est allé à la clinique Nuestra. Il avait un café à la main, en sueur, inquiet. Son histoire est très importante :

« C’est une mauvaise chose que la police utilise ses armes contre le peuple, nous n’avons pas la même capacité de force qu’eux. J’ai d’abord trouvé une fille, elle était seule, je l’ai accompagnée, je lui ai dit d’être avec moi pour qu’elle ne soit pas seule si quelque chose arrivait, on descendait la cinquième rue, on a trouvé un groupe de mecs seuls, je les ai appelés aussi, « Hé, les gars ! Vous êtes seuls, allons retrouver les autres ». Lorsque nous sommes arrivés à la 60e rue, nous avons vu le véhicule anti-émeute et un groupe de policiers à moto est arrivé et s’est arrêté au coin de Panamericana », a-t-il déclaré.

En ce moment-là, Santiago devait être déjà au coin et se préparait à traverser la rue.

Janer continue :

« Nous descendions de la voie opposée, sans rien de choses, sans faire de bruit, sans provoquer des bagarres, sans protester. Encore une fois, un véhicule anti-émeute venait au sens contraire, et alors, un garçon lance une roche, elle sonne. Quand elle frappe le véhicule, on entend l’actionner d’une arme. Un mec qui traversait la rue crie, lance un cri : “Au secours, les mecs, mon bras !”, effrayé car il ne savait pas si c’était dans son bras ou où ils l’avaient heurté. Du coup, un peu plus en avant, le mec est tombé. Je suis allé directement vers le policier qui y était, je lui réclamais la raison pour laquelle il utilisait ses armes contre nous. Je lui disais que nous n’avions rien ». Selon Janer et une autre fille dont le prénom j’omets, un motard a tiré sur Santiago.

Une vidéo publiée par le portail elolfato.com montre ce qu’avait lieu des minutes avant l’arrivée de Santiago. Un groupe de cagoulés s’étaient battus contre des policiers avec des roches, dans ce même lieu. Tous les deux ont lancé des roches. « Voyez, des policiers lançant des roches », dit l’homme qui enregistre la vidéo au minute 2:23. Alors, vingt coups de feu ont sonné. Il a pu couler beaucoup plus de sang de ce qui s’est coulé. L’esprit était au bord du cataclysme.

Ce qui résulte décisif dans la vidéo arrive après, presqu’à la fin, quand les troubles antérieurs s’étaient dissipés un peu. On ne peut pas voir quand ils ont tiré sur Santiago, mais les images servent à montrer les éléments de la scène qui sont en accord avec le témoignage de Janer. Une fois nommés par la voix féminine qui accompagne l’homme enregistrant la vidéo ; la roche, le véhicule anti-émeute et les coups de feu — bien qu’ils ne soient pas visibles — sont mises en évidence. 

« Ils ont tiré sur le garçon ! Ils l’ont tué ! Non ! Ils ont tiré sur le mec ! » dit la femme tandis que le portable fait la mise au point du groupe de garçons qui est allé au secours de Santiago.

« Ils l’ont tué » dit la voix masculine.

« Appelez l’ambulance » dit-elle.

On voit beaucoup de garçons criant et demandant de l’aide autour de Santiago.

« À la fin, ils n’ont rien fait » dit l’homme enregistrant avec le portable.

« Non ! On a frappé le véhicule anti-émeute, ça n’a pas même été contre eux ! » crie avec vivacité la voix féminine.

Et c’est précisément cette phrase qui ne dément pas Janer. Elle parle de quelque chose qui a été lancé contre le véhicule et pas contre les policiers. Et Santiago était là-bas, tout seul, comme emprisonné dans le trottoir sans pouvoir traverser la rue. La vidéo finit. Ce qui est arrivé après pourrait être résumé avec un seul mot : impuissance. L’ambulance arrive et emmène Santiago, qui à ce moment-là donnait encore signes de vie. Des policiers sont arrivés à l’hôpital, ils ont demandé le sac à dos de sa victime, ont déchiré le cadenas, ont y fouillé et n’ont rien trouvé. Monsieur Murillo a dénoncé cet événement.

Je finis d’écrire ce récit quatre jours après l’assassinat de Santiago et le nom du policier qui a tiré sur sa poitrine n’est pas encore connu. L’inspecteur de cette institution, le général Luis Ramírez Aragón, s’est déplacé à Ibagué le 2 mai et de ce lieu a annoncé le début d’une enquête interne. Le Parquet et l’Inspection Générale de l’Administration sont aussi en charge du cas. Tandis que j’écris ces lignes, je lis que, selon le Bureau du Défenseur du Peuple, pendant les journées de manifestation dès 28 avril jusqu’au 4 mai, d’autres dix personnes seraient mortes dans les rues à cause de la Police ; l’ONG Temblores, une organisation indépendante affirme qu’il s’agit de 31. Il y a des raisons pour se méfier des chiffres officiels. Tout comme le Bureau du Défenseur du Peuple, le Parquet et l’Inspection Générale de l’Administration sont aujourd’hui en tête de personnes connexes au Gouvernement, le même contre lequel les gens protestent. Un processus de vérification internationale qui puisse donner, au moins, des garanties autour des enquêtes n’est pas à vue.

Sandra Milena dit qu’elle va défendre la mémoire de son fils comme une lionne.

« Nous luttons contre une institution très puissante et nous avons déjà reçu des appels menaçants », me dit-elle par chat avant notre conversation.

Ça fait déjà plusieurs jours sans dormir et la fatigue est perceptible dans sa voix toujours brisée. Elle ne sait même pas d’où elle a eu tant et tant de larmes. Son seul fils et sa mère, décédée il y a trois ans, étaient les deux grands amours de sa vie. Santiago a même été témoin de la mort de sa grand-mère, qui est morte à cause d’une voiture, aussi dans une rue d’Ibagué. Il n’est jamais arrivé à se remettre d’un tel événement si traumatisant.

Sandra Milena s’inquiète de penser qu’un autre garçon puisse sortir et ne pas rentrer. 

« Nous vous implorons, s’il vous plaît, au nom de mon fils, de ne pas commettre des actes de vandalisme, puisque ça se prêt à beaucoup de conséquences. Il y a beaucoup d’infiltrés qui veulent utiliser le nom de mon fils pour faire du mal. Aux garçons qui protestent sainement, je leur donne un conseil, comme j’aurais pu le donner à mon fils, ne leur donnons pas d’arguments, c’est ce qu’ils veulent : ne pas vous écouter, vous laisser dépourvus d’arguments. Ils veulent des arguments pour utiliser ses armes contre vous et s’en laver les mains » dit-elle.

Je pense sans cesse aux mots de protestation de Janer à la sortie de la clinique avant que la mort de Santiago ne soit connue :

« Je suis ici, inquiet pour ce mec, parce qu’il n’est pas de ma famille, mais je sais que lui, comme moi, a une famille qui s’inquiète, ou comme la famille de n’importe lequel d’entre vous. Et je suis ici pour déclarer puisque cette situation a eu lieu ; c’est un événement très délicat et nous n’allons pas nous arrêter. Nous voulons que ce président et toute cette dictature répugnante qui dirige le pays soient retirés, cela fait longtemps que nous sommes dans la misère (…) c’est nous, les jeunes, qui la vivent.  Réformes fiscales, présidents médiocres qui tournent le dos au peuple. Ce n’est pas comme ça, mon gars ».

Quelques minutes après, la clinique confirma la mort de Santiago. Sandra Milena sentit qu’elle voulait aussi mourir à ce moment précis. Et puis, elle éclata en larmes et laissa échapper ce cri lacérant et insupportable.

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Acerca del autor

José Guarnizo
JOSÉ GUARNIZO: Es comunicador social y periodista de la Universidad de Antioquia y máster en Creación literaria de la Universidad Pompeu Fabra, de Barcelona. Fue editor de Nación de la revista Semana, editor general de Semana.com, editor de investigaciones de El Colombiano. Ganador del premio Internacional de Periodismo Rey de España en dos ocasiones (en 2011 de forma individual y en 2020 como miembro de un equipo), del Premio Excelencia Periodística de la Sociedad Interamericana de Prensa -SIP- (2020), del Premio Simón Bolívar en tres ocasiones (2018, 2019 y 2020), del premio Nacional de Periodismo Digital (en 2019), del Fetisov Journalism Award (2021, en trabajo colectivo) y finalista del Premio Gabo (en 2019, en colectivo), entre otros reconocimientos. Es autor de libros de no ficción, entre los que está La viuda negra, texto que fue llevado a la televisión por RTI y Televisa.
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